VERTIGO - revue de cinéma

Précédents numéros | n°44 - Les années 80 + dossier Sion Sono

Coordonné par
Michaël Dacheux
Stéphane du Mesnildot


Sommaire
Achat

Le Pont du Nord | VHS | Une chambre en ville | Spielberg | Godard | René Bonnell | Carax | Virginie Thévenet | Friedkin | L'Argent | Super 8 | Ginger et Fred | Pialat | Garrel | Wenders ...

Des années 80, semblent s'être distillés avant tout un parfum, une musique, une iconographie, un look - propices, trente ans plus tard, à la citation nostalgique: : les récents Drive et Super 8 usent ainsi d'une palette directement empruntée à un imaginaire vintage plus ou moins évanescent. Mais si nous avons souhaité consacrer ce numéro de Vertigo à cette décennie - et donc considérer de près ce qui a été enregistré, imaginé, montré de ces années au cinéma -, c'est qu'il nous importe surtout de revenir sur une série de transformations structurelles qui concernent autant la façon de fabriquer les films que celle de les recevoir, mutations ayant redéfini normes - et marges - industrielles et esthétiques. A l'aune de ce tournant, les images et les récits constitués dans les années 80, à la fois proches et lointaines, ne sauraient s'envisager sans une réflexion historique sur les usages intimes et collectifs du cinéma et sur les horizons politiques dont ils témoignent et participent.

En France, on ne peut ignorer comment, dès 1981, le discours de crise présente comme allant de soi les politiques économiques de rigueur, tandis que la réaction vis-à-vis des pratiques et pensées contestataires issues de 68 rejette celles-ci de plus en plus à la marge, au profit de l'idéologie libérale et de la promotion entrepreneuriale pénétrant tous les domaines de la vie, notamment culturelle. Le pouvoir de la télévision, la création de Canal + en 1984, les réformes de Jack Lang métamorphosent le financement et la diffusion des films, non sans incidence sur une nouvelle fabrication « des » publics. Ainsi, ce que Serge Daney appelait « la maison à double porte », c'est-à-dire celle où l'on pouvait entrer autant depuis un versant de divertissement que sur un autre, plus intellectuel, se voit compartimenté et les cinéma dit « d'auteur » et « grand public » étanchéisés. L'insuccès d'Une chambre en ville de Jacques Demy sorti le même jour que L'As des as de Gérard Oury en octobre1982 est symptomatique de ce divorce désormais intégré comme une norme, dépendant des budgets promotionnels, rendant de plus en plus problématique la notion de film populaire d'auteur, et surdéterminant les films du point de vue d'une case préétablie. Cette partition néfaste ne pourra qu'encourager le repli d'un certain cinéma d'auteur tenu à donner des gages de sa bonne tenue intellectuelle et formelle (au risque de l'académisme ou d'un cinéma « culturel » promu à l'international).

Pour le cinéma en Europe, appelé à devenir labellisé sous le titre de « cinéma européen », il a ainsi fallu composer avec un nouvel « état des choses » sur lequel Wim Wenders a entrepris de bâtir son cinéma, après la modernité. La cinéphilie (et notamment l'emploi de la citation et de la référence) ne peut plus s'envisager sans la conscience de la fin des studios et des nouvelles vagues (faillite du système érigé par plusieurs cinéastes du Nouvel Hollywood: : Coppola, Cimino), ni d'un accès différent aux films (la généralisation de la VHS via les vidéo-clubs, ayant permis notamment un nouveau rapport au cinéma de genre ou de série B).

                                                                   

Un dossier sera également consacré au cinéaste Sion Sono, dont l'oeuvre, profondément ancrée dans son époque, retranscrit de façon crue et bouleversante le Japon contemporain.